Dr Steven Jones

BC Cancer Agency

Dr Steven Jones
La génétique du cancer au service de la personnalisation des traitements

Il y a plus de 20 ans, alors étudiant au doctorat, Steven Jones déployait toute son énergie à mieux comprendre la constitution génétique d’un minuscule ver nématode du nom de C. elegans. Long d’à peine un millimètre, le petit ver n’allait pas tarder à faire la une pour avoir été l’objet du premier séquençage complet d’un génome animal au monde.

Membre clé de l’équipe de séquençage, le Dr Jones avait déjà entrevu le potentiel encore inexploité de son champ de recherche. « J’étais d’avis que s’il y avait quelque chose d’étroitement lié à la génomique, c’était le cancer, une maladie dont les fondements sont génétiques. »

Deux décennies plus tard, le Dr Jones est aujourd’hui codirecteur et chef de la bio-informatique du Michael Smith Genome Sciences Centre de la BC Cancer Agency, à Vancouver. Avec l’aide d’effectifs de plusieurs centaines de personnes et d’équipements de séquençage valant des millions de dollars, il suit à la trace les modifications génétiques à l’origine du cancer.

Il s’agit d’un travail de fin limier, des plus complexes. Une modification génétique en entraîne une autre, puis plusieurs autres en cascade avant qu’une tumeur n’apparaisse. Les changements diffèrent pour chaque type de cancer et parfois pour un même type. Et la cartographie de toutes ces modifications n’est que le début.

« Le défi est de comprendre les effets de ces changements. Pourquoi sont-ils importants dans la formation d’une tumeur? Peut-on cibler un changement en particulier? Existe-t-il des trucs, des outils ou des médicaments permettant de le contrer? » ajoute le Dr Jones.

Grâce à des fonds de la Société canadienne du cancer, le Dr Jones a d’abord voulu obtenir des réponses à ces questions à propos du cancer du sein. Il a séquencé l’ADN de différentes cellules mammaires cancéreuses et a mis au point des outils de calcul pour détecter toute mutation génétique qu’elles pourraient avoir en commun. Puis il a cherché des composés médicamenteux qui  pourraient agir sur ces mutations tout en épargnant les cellules saines.

À partir de ces travaux, le Dr Jones a également séquencé l’ADN de plusieurs cancers de la thyroïde afin de comprendre ce qui les différencie, sur le plan moléculaire, de tumeurs thyroïdiennes bénignes (non cancéreuses).

Par ces activités de séquençage de l’ADN du cancer, entre autres, le Dr Jones et ses collègues ont également découvert un nouveau groupe de molécules appelées petits ARN non codants, capables de distinguer les cellules normales des cellules cancéreuses. Cette découverte pourrait mener à l’élaboration de nouveaux tests diagnostiques abordables.

Le Dr Jones prévoit qu’un jour les médecins seront en mesure d’effectuer l’analyse génétique de prélèvements tumoraux provenant de tous les patients atteints de cancer. « Cela nous fournira une énorme quantité d’information. À partir des mutations observées, nous pourrons savoir quel traitement sera le plus efficace pour chaque patient en particulier. Voilà qui serait tout à fait en ligne avec le concept de ce que nous appelons médecine personnalisée. »

À titre d’exemple, un des projets en cours du Dr Jones est de concevoir un nouveau traitement capable de cibler une mutation génétique favorisant le cancer sur la cycline D1, mutation souvent associée au lymphome, un type de cancer du sang. Si le projet est fructueux, il pourrait donner lieu à un traitement sur mesure et à de meilleures chances de survie au lymphome.

Après toutes ses années de carrière en génomique, le Dr Jones continue de regarder vers l’avant. « Je suis très enthousiaste de voir le rôle que peut jouer la technologie de la génomique pour l’étude du cancer. J’ai l’intime conviction que nous allons réaliser des progrès majeurs dans la compréhension de cette maladie et la personnalisation des traitements. »

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