Commentaire de la Société canadienne du cancer sur l’étude récente laissant entendre que le cancer serait causé par la malchance

01 janvier 2015

Toronto -

La prestigieuse revue Science a publié récemment les résultats d’une étude dans laquelle deux chercheurs, Cristian Tomasetti et Bert Vogelstein, de l’Université John Hopkins, ont tenté d’expliquer l’incidence plus élevée du cancer dans certains tissus. Intitulée « Variation in cancer risk among tissues can be explained by the number of stem cell divisions » (Le nombre de divisions des cellules souches explique la variation du risque de cancer de divers tissus), cette étude a retenu l’attention tant des chercheurs que des journalistes, notamment parce que ses auteurs ont conclu que les deux tiers de la variation du risque de cancer étaient attribuables à la « malchance ».

L’étude

Les chercheurs ont cherché à expliquer l’incidence accrue du cancer dans certains tissus (p. ex., ceux du côlon) par rapport à d’autres (p. ex., ceux du cerveau). Ils se sont concentrés sur les cellules souches, qui ont pour particularité de pouvoir se répliquer, réparer les tissus endommagés et se transformer en n’importe quel type de cellule de l’organisme. Après avoir confirmé les taux de division connus des cellules souches de divers tissus, les chercheurs les ont mis en relation avec l’incidence globale du cancer dans ces mêmes tissus. Ils ont ainsi découvert une corrélation entre l’incidence de certains cancers et l’activité des cellules souches.

Pourquoi cette étude est-elle importante ?

Cette étude a réuni des données issues de diverses sources dans un modèle simple reliant l’incidence du cancer au taux de division des cellules souches de différents tissus. Dans des travaux récents, le Dr John Dick et ses collègues avaient cherché à localiser le point d’origine des cancers, et notamment les cellules dans lesquelles la maladie se déclare. Comme d’autres recherches publiées avant elle, cette nouvelle étude conclut que les cellules souches peuvent jouer un rôle prépondérant dans les événements déclencheurs du cancer et que les mutations issues de la division de leur ADN peuvent conduire à la maladie. Aussi est-il plus important que jamais de comprendre la biologie fondamentale des mécanismes cellulaires qui contribuent au cancer, tels que la division cellulaire, la réplication et la réparation de l’ADN, et les autres processus biologiques régulateurs de la croissance, des mouvements et de la mort des cellules dans l’organisme. En comprenant la cause du dérèglement de ces processus dans les cas de cancer, nous pourrons mettre au point des thérapies et des stratégies de dépistage qui en cibleront les facteurs.

Que signifie cette étude pour la prévention du cancer ?

Bien que certains aient conclu de cette étude que nous étions impuissants à prévenir le cancer, les auteurs eux-mêmes ont souligné l’importance de plusieurs facteurs de risque, dont le tabagisme, la consommation d’alcool, les rayons ultraviolets et le papillomavirus. De nombreuses recherches effectuées sur des animaux ainsi que sur des populations et des cellules humaines ont en effet démontré hors de tout doute que certains comportements et facteurs environnementaux aggravaient le risque de cancer, ce qui implique qu’une grande partie des cancers peuvent être évités. Cette nouvelle étude indique qu’il serait intéressant d’examiner l’influence de certains facteurs environnementaux et facteurs évitables sur les mécanismes des cellules souches jouant un rôle dans l’apparition du cancer.

Des recherches effectuées sur divers types de cancer selon différents protocoles ont montré que nous pourrions éliminer la moitié des cancers environ en améliorant notre mode de vie et nos politiques de santé publique. La Société canadienne du cancer encourage les Canadiennes et les Canadiens à diminuer leur risque de cancer en évitant de fumer, en s’alimentant convenablement, en faisant de l’exercice, en restant moins longtemps en position assise, en maintenant un poids santé, en consommant moins d’alcool, en se protégeant du soleil et en évitant les appareils de bronzage.

Néanmoins, cette étude nous rappelle que de nombreux cancers sont provoqués par des facteurs génétiques inévitables. En comprenant la nature de ces cancers et la manière dont ils se développent, nous pourrons mettre au point des thérapies et des méthodes de dépistage précoce qui amélioreront l’état de santé des patients.

Pistes de recherche ultérieure

Le cancer se compose d’un ensemble de plus de 200 maladies différentes et de plusieurs sous-types de chaque type de cancer. Cette étude s’étant penchée sur 31 types de tissu et sous-types de cancer, il sera intéressant de déterminer la validité de ses conclusions pour d’autres cancers. Plus particulièrement, les chercheurs ont exclu de leurs travaux le cancer du sein et celui de la prostate, soit deux des cancers les plus répandus, car ils n’ont pas été en mesure d’établir de manière fiable le taux de division des cellules souches de ces tissus.

Les chercheurs ont dû formuler certaines hypothèses sur les cellules souches de divers tissus aux fins de leur étude. Ils ont noté que leur modèle pouvait être amélioré en établissant de manière plus précise le taux de division de ces cellules. Les caractéristiques sous-jacentes des populations de cellules souches des divers tissus étudiés constituent sans doute l’aspect le plus important de cette étude qu’il conviendra de confirmer.

En résumé

Cette étude est importante, car elle approfondit notre compréhension du déclenchement et de la biologie du cancer. La Société canadienne du cancer, à titre d’organisme de bienfaisance national qui finance le plus la recherche sur le cancer au Canada, se réjouit des nouvelles connaissances qui éclairent ou remettent en question ce que nous savons de la maladie. L’organisme s’intéresse aux résultats de cette étude fort médiatisée qui a approfondi notre connaissance du cancer, et souhaite aider les Canadiennes et les Canadiens à en interpréter les conclusions dans le contexte de nos connaissances actuelles.

Complément d’information
  • Les auteurs de cette étude ont mis au point un modèle statistique qui a permis de déceler une étroite corrélation entre l’incidence du cancer au cours d’une vie et le nombre estimatif de divisions normales des cellules souches dans certains tissus. Autrement dit, plus ces divisions sont nombreuses, plus le risque que des erreurs pouvant conduire au cancer se produisent pendant la réplication de l’ADN est élevé. Les chercheurs ont conclu que les deux tiers des 31 types (et sous-types) de cancer étudiés étaient causés par des mutations aléatoires, et non des modifications génétiques qui découleraient, par exemple, de facteurs liés à l’environnement ou au mode de vie.
  • Le cancer trouve sa source dans une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux ainsi que de facteurs évitables liés au mode de vie. Bien que les facteurs génétiques incluent l’hérédité, c’est-à-dire la transmission, d’une génération à l’autre, de gènes accroissant le risque de cancer, la plupart des cancers sont provoqués par des mutations dites sporadiques, soit des modifications génétiques acquises au cours de la vie. Ces mutations, si elles découlent parfois d’erreurs survenant pendant la division cellulaire, peuvent également provenir d’une détérioration de l’ADN attribuable à divers facteurs, tels que le tabagisme ou l’exposition à des radiations ou à certains produits chimiques. Le risque d’apparition de mutations sporadiques s’accroît avec l’âge.
  • Les cellules souches (qui constituaient le point central de cette étude) ont été découvertes par les Drs Ernest McCullough et James Till à l’Université de Toronto. Ces cellules se classent en diverses catégories selon leurs propriétés et peuvent se répliquer, réparer les tissus endommagés et se transformer en n’importe quel type de cellule de l’organisme. Notre connaissance des populations de cellules souches varie selon les tissus. La Société canadienne du cancer finance des recherches sur les cellules souches menées par de nombreux experts de renommée internationale. L’an dernier, l’organisme a investi près de 1 million de dollars dans des projets de recherche sur les cellules souches entrepris par des chercheurs canadiens.