Est-ce que « nourrir » un cancer pourrait empêcher sa propagation? La Société canadienne du cancer donne le feu vert à des idées de recherche novatrices

29 février 2012

Montréal, QC -

La Société annonce une nouvelle enveloppe de 4,5 millions de dollars pour 23 subventions pour l’innovation à haut risque et à haut potentiel de retombées

Un cardiologue de London, en Ontario, bouleverse la recherche sur le cancer en émettant l’hypothèse qu’augmenter l’apport sanguin à une tumeur (nourrir la tumeur, en effet) pourrait bel et bien empêcher un cancer de gagner d’autres parties du corps. Une méthode plus intuitive, qui consiste à priver une tumeur de son apport sanguin pour freiner sa propagation, était ressortie de recherches précédentes; cette méthode (appelée antiangiogenèse) a toutefois connu un succès mitigé jusqu’à maintenant.

Le Dr Geoffrey Pickering pense au contraire qu’un blocage de l’apport sanguin peut accroître, plutôt que réduire, l’agressivité des tumeurs. Grâce à une Subvention pour l’innovation de 200 000 $ de la Société canadienne du cancer, son idée de nourrir une tumeur sera mise à l’épreuve et, si elle se révèle juste, pourrait révolutionner la façon de traiter le cancer.

« Si le cancer est mortel pour bien des gens, c’est principalement à cause de sa capacité de s’étendre à différents organes, déclare le Dr Pickering, cardiologue et professeur de médecine à l’Université de Western Ontario. Le concept d’une amélioration délibérée de l’apport sanguin à une tumeur peut sembler paradoxal, mais nous croyons qu’il a réellement le potentiel d’empêcher la tumeur de se propager, c’est-à-dire de la rendre non agressive. »

Le Dr Pickering et son équipe vont vérifier l’hypothèse chez des souris ayant divers types de cancer, notamment du sein, du poumon, du cerveau et du côlon. À l’aide de techniques de microscopie spécialisées et de l’imagerie par résonance magnétique (IRM), ils vont observer le débit sanguin chez les souris pour déterminer si les tumeurs « gavées » deviennent « calmes » et si elles restent alors confinées à un seul endroit.

Le Dr Pickering ajoute que cette méthode aura peut-être d’autres bienfaits éventuels. « Si le sang circule librement, les médicaments anticancéreux seront peut-être capables d’atteindre la tumeur entière et, par conséquent, être plus efficaces. La radiothérapie donne d’ailleurs de meilleurs résultats quand les tumeurs reçoivent une bonne quantité d’oxygène par le sang. »

Subventions pour l’innovation : « Idées créatives, non orthodoxes pour résoudre autrement les problèmes liés au cancer »

Le Dr Pickering, qui compte de nombreuses années d’expérience comme cardiologue et scientifique, n’a encore jamais appliqué ses idées de recherche à la lutte contre le cancer. « Je tournais et retournais cette idée dans ma tête depuis un certain temps, mais lorsque j’ai vu la description des Subventions pour l’innovation de la Société canadienne du cancer, elle a vraiment attiré mon attention, dit-il. La Société était en quête de scientifiques ayant des idées créatives et non orthodoxes pour résoudre autrement des problèmes liés au cancer. J’ai donc soumis une demande de financement et je suis ravi de pouvoir aujourd’hui aller de l’avant avec cette recherche. »

Il s’agit des toutes premières Subventions pour l’innovation de la Société canadienne du cancer. Ce nouveau programme vise à soutenir des concepts, approches ou méthodologies non classiques en vue de résoudre des problèmes dans le domaine de la recherche sur le cancer.

Les 23 nouveaux projets comportent des éléments de créativité, de curiosité, d’investigation, d’exploration et d’occasion. Les projets ont été classés selon leur potentiel de « grandes retombées », soit la probabilité qu’ils influencent grandement notre compréhension du cancer et génèrent de nouvelles façons de combattre la maladie par l’utilisation ou la mise en pratique d’idées novatrices. Avec la concurrence qui s’intensifie à l’échelle mondiale pour les fonds de subventions, les comités d’évaluation par des pairs se montrent plus prudents et moins tentés par le risque, accordant plus d’importance à la faisabilité qu’à l’innovation.

« Nous sommes emballés de pouvoir financer ces nouveaux projets hors du commun qui témoignent d’une créativité incroyable et ont de grandes chances de faire avancer la lutte contre le cancer, dit Dre Christine Williams, vice-présidente à la recherche à la Société canadienne du cancer. Nous attendons les résultats de ces études avec énormément d’enthousiasme. »

On espère que ce programme de subventions va accélérer l’entrée de l’innovation dans tout le système de recherche sur le cancer et enrichir la pépinière d’idées scientifiques. Les subventions couvrent des budgets allant jusqu’à 100 000 $ par année et peuvent totaliser 200 000 $ chacune. Elles servent à payer les coûts directs de la recherche, dont les fournitures, les salaires et le matériel associés aux travaux proposés.

Quelques-uns des autres projets Innovation :

Dr Janusz Rak, Montréal , 200 000 $ – Le Dr Rak étudie l’effet éventuel de l’âge des patients sur la réponse aux traitements anticancéreux, conçus pour détruire les vaisseaux sanguins qui alimentent les tumeurs, appelés thérapies antiangiogéniques. À l’aide de souris et d’échantillons prélevés chez des patients, les chercheurs vont vérifier si l’âge modifie le processus par lequel les vaisseaux sanguins tumoraux réagissent à un médicament administré contre le cancer du rein, le sunitinib, afin de mieux comprendre pourquoi l’action de celui-ci chez les adultes n’est pas la même que chez les enfants et ce qui pourrait rendre le traitement plus adapté à l’âge et, par conséquent, plus efficace et plus sûr.

Dre Maya Saleh, Montréal, 199 376 $ – La Dre Saleh va utiliser des modèles murins de pointe afin de repérer de nouveaux gènes de l’hôte qui jouent un rôle dans la propagation des cellules cancéreuses du côlon et du rectum. Avec cette approche, elle espère découvrir des gènes et des mutations qui pourraient être ciblés par des traitements et permettraient d’améliorer la prise en charge des métastases du cancer colorectal de même que les résultats cliniques pour les patients.


Dr Goetz Ehrhardt, Toronto, 199 290 $ – Le Dr Ehrhardt étudie une créature marine ancienne qui pourrait détenir une clé pour le développement de nouveaux outils de détection, de diagnostic et de prédiction de l’issue du myélome multiple et d’autres cancers. Les anticorps de la lamproie ont une architecture protéique radicalement différente qui leur permet de reconnaître leurs cibles avec un haut degré de spécificité, une qualité unique qui peut aider au développement de ces outils.

Dre Fei-Fei Liu, Toronto, 198 320 $ – La fatigue touche jusqu’à 40 % des patients qui reçoivent une radiothérapie, mais pour des raisons encore obscures. En réalisant une étude chez des femmes atteintes d’un cancer du sein traitées par radiothérapie, la Dre Liu va vérifier son hypothèse selon laquelle le rayonnement modifie la moelle osseuse, altérant ainsi le mouvement des cellules souches sanguines et la production de différentes protéines qui passent dans le cerveau et causent des symptômes de fatigue.

Renseignements :

André Beaulieu

Conseiller principal, Communication

Société canadienne du cancer

Division du Québec

Téléphone : (514) 393-3444