Certains essais cliniques servent à évaluer si un nouveau médicament est sûr et efficace, alors que pour d’autres, le but est de vérifier si un médicament existant, conçu pour une raison bien précise, peut avoir des utilisations élargies.
Le récent essai clinique STAMPEDE portait sur l’abiratérone (Zytiga), un médicament utilisé au départ comme traitement du cancer avancé de la prostate. Il visait à déterminer si l’abiratérone pouvait être bénéfique à un stade plus précoce de la maladie. Les résultats, publiés dans le New England Journal of Medicine en juin, ont montré que l’abiratérone jumelée à un type standard d’hormonothérapie plus tôt dans le traitement améliorait considérablement la survie des patients.
Comment l’hormonothérapie agit-elle pour le cancer de la prostate?
Pour se développer et se propager, les cellules cancéreuses de la prostate ont besoin d’hormones mâles appelées androgènes (comme la testostérone). Le traitement antiandrogénique, ou traitement par privation ou suppression d’androgènes, est une forme standard d’hormonothérapie du cancer de la prostate. Sous l’effet d’un tel traitement, les androgènes n’ont plus leur action habituelle et ne peuvent plus aider les cellules cancéreuses de la prostate à proliférer.
Une autre approche d’hormonothérapie consiste à empêcher le corps de fabriquer les androgènes nécessaires à la croissance des cellules cancéreuses de la prostate. L’abiratérone est un médicament qui bloque la voie biologique de fabrication des androgènes, et rend ainsi le corps incapable de produire ces hormones.
À l’heure actuelle, l’abiratérone est employée lorsqu’un cancer de la prostate a atteint un stade avancé et est devenu résistant au traitement antiandrogénique. Or, les résultats de l’essai STAMPEDE indiquent qu’elle pourrait aider encore plus d’hommes si elle était administrée plus tôt, au début de l’hormonothérapie.
Les résultats de l’essai font état d’une amélioration spectaculaire de la survie
STAMPEDE est l’un des plus vastes essais cliniques jamais réalisés sur le cancer de la prostate, et plus de 1900 hommes y ont pris part. Environ la moitié des participants ont reçu des antiandrogéniques combinés à l’abiratérone et les autres, des antiandrogéniques seulement. La durée du traitement était de deux ans, sauf si le cancer évoluait et qu’un traitement plus agressif devait être prescrit.
Les chercheurs ont constaté que le traitement d’association a prolongé de 71 pour cent le temps écoulé avant l’évolution du cancer et a augmenté de 37 pour cent la survie globale. Les deux chiffres sont des améliorations substantielles par rapport au traitement antiandrogénique seul.
Il est rare qu’un essai donne des résultats aussi spectaculaires. Le chercheur principal de l’essai, le professeur Nicholas James de l’Université de Birmingham au Royaume-Uni, a dit dans un communiqué de presse : « Ce sont les résultats les plus convaincants que j’aie vus pour un essai sur le cancer de la prostate. C’est un sentiment qui arrive une fois dans une carrière. »
Le succès de l’essai pourrait changer la norme de soins pour le cancer de la prostate
Les résultats de l’essai sont si importants qu’ils pourraient changer la façon de traiter le cancer de la prostate partout dans le monde. Le traitement d’association pourrait devenir sous peu la nouvelle norme de soins et serait peut-être encore plus efficace en étant jumelé à d’autres traitements.
Comme l’abiratérone est déjà un médicament approuvé pour le cancer de la prostate, les résultats de l’essai pourraient potentiellement être mis en œuvre dans un délai relativement court.
S’il est encourageant de voir l’arrivée d’un nouveau médicament contre le cancer, il est aussi emballant de voir les chercheurs découvrir de nouvelles façons d’utiliser des médicaments existants. Les médicaments peuvent alors profiter à plus de personnes et avoir un impact plus grand que celui prévu initialement.
Eileen Hoftyzer, B. Sc., et Carolyn Goard, Ph. D.


