Il serait possible d’utiliser des molécules du système immunitaire pour empêcher le cancer de se propager ailleurs dans le corps, selon une nouvelle recherche menée à l’Université Queen’s.
Lorsque le cancer se propage à d’autres organes, ou devient métastatique, il est plus difficile à traiter et est généralement associé à une survie plus courte que s’il était localisé. Pour freiner la propagation du cancer, les chercheurs évaluent de nombreuses stratégies différentes dont l’immunothérapie.
Les cellules cancéreuses se réarrangent et refaçonnent leur environnement
Certains microorganismes unicellulaires, comme les amibes, se déplacent en allongeant une partie de la cellule vers l’avant, presque comme un pied, que le reste de la cellule suit. Les cellules cancéreuses ont leur propre version similaire de ce mouvement. En utilisant leurs parties appelées invadopodes, les cellules cancéreuses peuvent envahir le milieu biologique environnant, le briser et se propager partout dans le corps.
Pour former des invadopodes et se déplacer, les cellules ont besoin d’une molécule, la MMP14 (métalloprotéinase matricielle 14). En fait, les scientifiques ont constaté que les cellules cancéreuses qui contiennent de grandes quantités de MMP14 se propagent plus et réduisent la survie par rapport aux cellules cancéreuses qui contiennent moins de MMP14.
Avec un soutien financier de la Société canadienne du cancer, le Dr Andrew Craig et son équipe de l’Université Queen’s ont voulu savoir si le blocage de la MMP14 pourrait être une stratégie efficace pour empêcher la propagation du cancer. Ils étudient spécifiquement cette stratégie comme traitement potentiel du cancer du sein triple négatif, une forme agressive de la maladie pour laquelle les options thérapeutiques sont limitées et les taux de survie, plus bas que pour les autres types de cancer du sein.
Le blocage de la MMP14 prévient le développement et la propagation du cancer
L’équipe a récemment publié une recherche sur le recours à l’immunothérapie pour bloquer la MMP14. Elle s’est intéressée à un grand nombre d’anticorps – des molécules du système immunitaire – et a vérifié s’ils étaient capables de se lier à la MMP14 et de la bloquer. Ils ont trouvé un anticorps qui semble reconnaître spécifiquement la MMP14 et être très efficace pour bloquer l’activité de celle-ci.
L’anticorps repéré se fixe à la MMP14 et interrompt les processus essentiels à la création d’un milieu propice à la croissance des cellules cancéreuses. Il empêche la formation des vaisseaux sanguins autour des tumeurs, entrave le développement d’un milieu pauvre en oxygène et améliore la réponse du système immunitaire. Ce sont tous là des effets qui rendent le milieu biologique plus hostile au cancer et qui limitent la croissance tumorale.
Lorsque l’équipe l’a évalué en laboratoire, l’anticorps s’est révélé capable de bloquer le développement et la propagation du cancer. Un traitement par l’anticorps a ralenti la croissance des petites tumeurs et diminué le nombre de tumeurs s’étant propagées.
D’autres recherches permettront d’améliorer l’efficacité de l’immunothérapie
Bien qu’il soit capable de bloquer l’activité de la MMP14, l’anticorps a un lien relativement faible avec la MMP14, ce qui n’est pas idéal pour un traitement potentiel. Le Dr Craig et son équipe ont déjà entrepris des travaux pour fabriquer une nouvelle version de l’anticorps qui se liera plus fortement à la MMP14 et aura une plus grande efficacité.
L’équipe poursuit ses recherches dans la même voie pour déterminer s’il serait encore plus bénéfique de combiner cette stratégie à d’autres types d’immunothérapie, dont des inhibiteurs du point de contrôle immunitaire.
Il est important de comprendre que cette recherche commence à peine, et que l’anticorps n’a pas encore été testé chez les êtres humains. Toutefois, ces premiers résultats sont très encourageants et laissent entrevoir beaucoup de possibilités d’améliorer les traitements pour le cancer du sein triple négatif.
Eileen Hoftyzer, B. Sc., et Carolyn Goard, Ph. D.


