Des scientifiques créent le tout premier « pancréas en boîte » en 3D

25 juillet 2012

Toronto -

Des scientifiques de Toronto ont créé un modèle d’organe minuscule, vivant et en trois dimensions reproduisant les canaux pancréatiques. Ce modèle innovateur les aidera dans leurs recherches sur le cancer du pancréas, l’un des plus meurtriers et des moins compris. Il pourrait ouvrir la voie à de nouvelles manières de détecter et de traiter le cancer du pancréas, dont le taux de survie est très faible. En effet, environ seulement 6 % des patients survivent cinq ans après leur diagnostic.

Le pronostic des patients atteint du cancer du pancréas est sombre, car ce type de cancer cause peu de symptômes avant qu’il n’en soit à un stade avancé et incurable. Il est aussi particulièrement agressif, se propageant plus rapidement que beaucoup d’autres types de cancer. Les scientifiques en savent très peu sur les causes du cancer du pancréas. Ce dernier reste l’un des cancers les moins étudiés et la recherche à son sujet demeure parmi celles qui reçoivent le moins de financement.

Dr Senthil Muthuswamy Grâce à une Subvention pour l’innovation de 200 000 $ de la Société canadienne du cancer, le Dr Senthil Muthuswamy utilisera le modèle biologique en trois dimensions qu’il a créé afin de découvrir comment le cancer du pancréas commence à se développer au fond du système de canaux de cet organe. Le laboratoire du Dr Muthuswamy compte des milliers de minuscules modèles en trois dimensions contenus dans des boîtes de Petri. Avec son équipe de l’hôpital Princess Margaret de Toronto, il s’en servira pour faire des manipulations génétiques afin de reproduire les étapes menant à l’apparition du cancer dans le pancréas. Les chercheurs y ajouteront des gènes, des hormones et d’autres agents pour voir ce qui cause les mutations responsables de la transformation des cellules en lésions cancéreuses. Chez les patients, malheureusement, ces lésions évoluent très rapidement en cancer du pancréas de stade avancé.

« Dans la plupart des recherches biologiques sur le cancer, on cultive et on étudie les cellules dans des boîtes de Petri, sur une couche plate, semblable à une pelouse, dit le Dr Muthuswamy. Toutefois, les cellules ne sont pas comme ça dans le corps. Elles forment des tubes et des vaisseaux en trois dimensions, donc si on les étudie sur une couche plate, on n’est pas en mesure de se poser toutes les bonnes questions. Ces modèles sont bien plus réalistes. Ils sont bien plus près de ce qui se passe réellement dans le corps. »

Le Dr Muthuswamy et son équipe utiliseront les modèles en trois dimensions pour observer les différents stades de la maladie. Il espère ainsi identifier de nouveaux marqueurs biologiques permettant de détecter et de diagnostiquer le cancer du pancréas de manière plus précoce, un peu comme un taux élevé de cholestérol laisse présager un risque élevé de développer une maladie du cœur.

« Nous sommes très enthousiasmés par cette découverte prometteuse puisqu’elle préparera le terrain pour l’identification de nouveaux biomarqueurs et de nouveaux traitements du cancer du pancréas, affirme le Dr Muthuswamy. Ça nous transporte vraiment dans une nouvelle dimension. »

« Le besoin pour des recherches supplémentaires est énorme, car le cancer du pancréas compte parmi les cancers les moins étudiés et c’est l’un des plus meurtriers, explique la Dre Mary Argent-Katwala, directrice de la recherche à la Société canadienne du cancer. Nous sommes emballés de financer les travaux du Dr Muthuswamy, qui apporteront des renseignements précieux sur la façon dont le cancer du pancréas se développe. Cela permettra de le diagnostiquer plus tôt et de le traiter de manière plus efficace. De plus, ce nouveau modèle prometteur aidera des chercheurs travaillant sur le cancer du pancréas dans le monde entier. »

En 2012, on estime que 4600 Canadiens et Canadiennes recevront un diagnostic de cancer du pancréas et que 4300 mourront de cette maladie.

Les Subventions pour l’innovation

La Société canadienne du cancer a aujourd’hui fait l’annonce de 28 nouvelles Subventions pour l’innovation. Il s’agit du deuxième tour du concours de Subventions pour l’innovation de la Société canadienne du cancer. Ce nouveau programme vise à soutenir des concepts, approches ou méthodologies non classiques en vue de résoudre des problèmes dans le domaine de la recherche sur le cancer.

Chacun des 28 projets comporte des éléments de créativité, de curiosité, d’investigation, d’exploration et de faisabilité. Les projets ont été classés selon leur potentiel de « grandes retombées », soit la probabilité qu’ils influencent grandement notre compréhension du cancer et génèrent de nouvelles façons de combattre la maladie par l’utilisation ou la mise en pratique d’idées novatrices.

Avec la concurrence qui s’intensifie à l’échelle mondiale pour les fonds de subventions, les comités d’évaluation par des pairs se montrent plus prudents et moins tentés par le risque, accordant plus d’importance à la faisabilité qu’à l’innovation. On espère que ce programme de subventions accélérera l’entrée de l’innovation dans tout le système de recherche sur le cancer et qu’il ajoutera aux idées scientifiques actuelles. Les subventions couvrent des budgets allant jusqu’à 100 000 $ par année et peuvent totaliser 200 000 $ chacune. Ces fonds servent à payer les coûts directs de la recherche, dont le matériel, les salaires et l’équipement nécessaires à la réalisation des travaux proposés.

Voici d’autres projets qui ont reçu une subvention :

Microbulles et chaleur

Dr Greg Czarnota, Hôpital Sunnybrook, 200 000 $ sur trois ans

On utilise l’application de chaleur (hyperthermie) comme traitement supplémentaire à la radiothérapie standard, mais elle n’a jamais été employé seule, comme un traitement à part entière. Le Dr Czarnota étudie les effets de l’hyperthermie employée en association avec des bulles microscopiques et des ultrasons, deux éléments susceptibles d’augmenter les effets de la chaleur sur les tumeurs. Cette option de traitement serait plus efficace et non effractive pour les patients atteints de cancer.

Des histamines pour lutter contre le cancer

Dre Jean Marshall, Université Dalhousie, 184 448 $ sur trois ans

Bien qu’on ait largement recours à des médicaments qui bloquent l’histamine et sa capacité à déclencher une réaction immunitaire afin de réduire au maximum les effets secondaires des traitements du cancer, il semblerait également que cette réaction immunitaire déclenchée naturellement par le corps soit partie prenante de la lutte contre le cancer. L’étude de la Dre Marshall adoptera une approche peu conventionnelle et observera comment l’histamine peut jouer un rôle positif dans la régulation de la capacité du corps de combattre les tumeurs, ce qui pourrait avoir un impact sur la manière dont les médecins prennent en charge de nombreux types de cancer.

Un analyseur d’haleine pour le cancer du poumon

Drs Haishan Zeng et Stephen Lam, Centre de recherche sur le cancer de la Colombie-Britannique, 183 688 $ sur trois ans

Détecter et traiter le cancer du poumon tôt fait monter le taux de survie après cinq ans à plus de 90 %. Les Drs Zeng et Lam sont en train de développer un nouveau test d’analyse de l’haleine basé sur des agents biochimiques visant à dépister le cancer du poumon. Ce test, qui a recours à un nouveau système de détection rapide et peu coûteux utilisant la lumière, rendra la détection plus facile et plus accessible pour les professionnels de la santé et les patients.

Chimiothérapie et perte de l’ouïe

Dr Francois Meyer, CHUQ – Centre de recherche médicale de l’Université Laval, 145 774 $ sur trois ans

Le cisplatine est un médicament employé dans le traitement du cancer chez les enfants comme chez les adultes. Cependant, l’un de ses effets secondaires fréquents est la perte de l’ouïe. Le Dr Meyer est le premier à mener un essai clinique avec 30 patients utilisant le thiosulfate de sodium, un antioxydant naturel et sécuritaire, afin d’étudier sa capacité à prévenir la perte de l’ouïe chez les patients traités avec du cisplatine.

Des virus qui détruisent le cancer

Dr Jean-Simon Diallo, Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, 200 000 $ sur trois ans
Dr Robert Korneluk, Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario, 200 000 $ sur trois ans
Dre J. Andrea McCart, Toronto General Hospital, 200 000 $ sur trois ans

On peut modifier des virus pour qu’ils ciblent spécifiquement les cellules cancéreuses et épargnent les cellules saines. Les Drs Diallo, Korneluk et McCart adoptent tous une approche unique qui exploite la capacité des virus de détruire les cellules cancéreuses. Chaque projet a comme caractéristique l’amélioration de l’utilisation des virus pour que l’on puisse un jour s’en servir cliniquement afin de traiter les patients atteints de cancer.

Renseignements :

Christine Harminc

Senior Manager, Communications & Media Relations

Société canadienne du cancer, Bureau national

Téléphone : 416 934-5340