Le concept de fenêtre thérapeutique changera la norme thérapeutique et réduira les effets secondaires pour les patients atteints d'une forme récurrente du cancer de la prostate

06 septembre 2012

TORONTO -

Les résultats d'un essai clinique publiés aujourd'hui dans le New England Journal of Medicine indiquent que les hommes atteints d'un cancer de la prostate qui reçoivent un traitement antiandrogénique intermittent (appelé fenêtre thérapeutique) vivent aussi longtemps que ceux dont le traitement est ininterrompu.

L'essai clinique a été dirigé par le Groupe des essais cliniques de l’INCC, groupe financé par la Société canadienne du cancer. Non seulement l’essai arrive-t-il à la conclusion que les hommes ayant reçu un traitement intermittent vivent aussi longtemps, mais ces ceux-ci pourraient également bénéficier d’une meilleure qualité de vie et éprouver moins d’effets secondaires désagréables liés à l’exposition continue à des antiandrogènes. Ces effets secondaires – bouffées de chaleur, impuissance sexuelle, croissance du tissu mammaire, insomnie, prise de poids, aggravation du diabète, perte de masse musculaire et ostéoporose – sont attribuables au déficit en testostérone induit par les médicaments. Les patients ayant reçu un traitement antiandrogénique intermittent ont déclaré éprouver moins de bouffées de chaleur, de troubles urinaires et de fatigue, et ont noté une augmentation de leur appétit sexuel.

La fenêtre thérapeutique a également une incidence notable sur le plan économique. Les patients à qui on a administré le traitement intermittent ont en effet reçu seulement le tiers de la dose du médicament, lequel est très coûteux.

« Nous savons depuis le milieu des années 1990 que le traitement antiandrogénique peut être suivi de façon intermittente, mais nous ignorions jusqu'à maintenant que les hommes ne sacrifiaient pas la durée de leur vie dans l’espoir d’en améliorer la qualité, explique la Dre Juanita Crook, chercheuse principale et radio-oncologue à la BC Cancer Agency. Les résultats de cet essai changeront la norme thérapeutique. » L'étude était dirigée conjointement par la Dre Crook et le Dr Laurence Klotz, urologue-clinicien au Sunnybrook Health Sciences Centre de Toronto.

Puisque le développement du cancer de la prostate est lié à la testostérone (l'hormone masculine), un des traitements les plus couramment utilisés est une forme d'hormonothérapie dite antiandrogénique, visant à réduire les taux de testostérone. Les hommes qui ont participé à cet essai clinique avaient d'abord subi une radiothérapie pour leur cancer de la prostate (dans certains cas précédée d’une intervention chirurgicale), mais des taux élevés de l'antigène prostatique spécifique (APS) avaient par la suite révélé une récidive de leur cancer. En tout, 1386 hommes ont pris part à l'essai, pour lequel des patients ont été recrutés de 1999 à 2005, la plupart au Canada, et les autres, aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Jusqu'à maintenant, le traitement standard était ininterrompu, mais cette norme devrait changer compte tenu de ces résultats. « Les conclusions de cette étude modifieront le traitement administré aux hommes qui subissent une récidive du cancer de la prostate et amélioreront leur qualité de vie globale », explique la Dre Christine Williams, vice-présidente à la recherche, Société canadienne du cancer.

Les patients pour cette étude ont été répartis de façon aléatoire en deux groupes : les hommes du groupe témoin recevaient des injections à libération lente d'un antagoniste de la LHRH (hormone de libération de l'hormone lutéinisante). L’effet du médicament ayant une durée de trois mois, ce dernier leur était injecté tous les trois mois afin de maintenir une action antiandrogénique continue. Le groupe expérimental recevait le même médicament, mais selon des cycles de traitement d'une durée de huit mois, lesquels étaient interrompus par une fenêtre thérapeutique prolongée pouvant durer de plusieurs mois à quelques années. Le taux d'ASP de ces hommes était contrôlé tous les deux mois à l'aide d'un test. Si le taux d'ASP d'un patient dont le traitement était interrompu augmentait, on recommençait à lui administrer l'antagoniste de la LHRH pour un autre cycle de huit mois, jusqu'à ce que son taux d'APS diminue de nouveau, et ainsi de suite.

La période de suivi de l'essai a été interrompue prématurément après qu'une analyse prévue à mi-parcours, dont les résultats ont été passés en revue par un comité indépendant de surveillance des données et de l'innocuité, a démontré de manière non équivoque que le taux de survie entre les deux groupes d'hommes était semblable.

Groupe des essais cliniques de l'INCC
Le Groupe des essais cliniques de l'INCC est le programme de recherche national de la Société canadienne du cancer, qui en assure le financement. Un soutien additionnel pour l'essai a été fourni par le National Cancer Institute des États-Unis (Subvention CA077202) et Sanofi-Aventis.

Renseignements :

Christine Harminc

Senior Manager, Communications & Media Relations

Société canadienne du cancer, Bureau national

Téléphone : 416 934-5340