Le concept de fenêtre thérapeutique changera la norme thérapeutique pour les patients atteints d'une forme récurrente du cancer de la prostate

06 juin 2011

Toronto -

Les résultats d'un essai clinique qui ont été publiés aujourd'hui dans le cadre de l'assemblée annuelle de l'American Society of Clinical Oncology révèlent, de manière non équivoque, que les hommes atteints d'un cancer de la prostate qui reçoivent un traitement antiandrogène intermittent vivent aussi longtemps que ceux dont le traitement est ininterrompu.

L'essai clinique financé par la Société canadienne du cancer et mené par le Groupe des essais cliniques (GEC) de l'Institut national du cancer du Canada (INCC) a démontré de manière concluante que les hommes qui choisissent de recevoir un traitement antiandrogène intermittent plutôt que continu ne vivent pas moins longtemps.

« Nous savons depuis le milieu des années 1990 que le traitement antiandrogène peut être suivi de façon intermittente, mais nous ignorions jusqu'à maintenant que les hommes ne sacrifiaient pas leur durée de vie en espérant améliorer leur qualité de vie, explique Dre Juanita Crook, chercheuse principale et radio-oncologue à la BC Cancer Agency. Les résultats de cet essai changeront la norme thérapeutique. » L'étude était dirigée conjointement par Dre Crook et le Dr Laurence Klotz.

Jusqu'à maintenant, le traitement standard était ininterrompu, mais cette norme devrait changer compte tenu de ces résultats. Ceux-ci ont également d'importantes incidences sur le plan économique ainsi que sur celui de la qualité de vie. Les patients à qui on administre un traitement de manière intermittente reçoivent seulement le tiers de la dose du médicament, lequel est très coûteux et entraîne de nombreux effets secondaires incommodants, dont l'impuissance.

« Cette année seulement, plus de 25 000 Canadiens recevront un diagnostic de cancer de la prostate, ce qui représente une nouvelle accablante pour ces hommes et pour les personnes qui les aiment, souligne Dre Christine Williams, directrice de la recherche à la Société canadienne du cancer. Ces résultats de recherche revêtent une importance exceptionnelle, car ils pourraient réduire considérablement les effets secondaires du traitement de ce cancer et améliorer la qualité de vie globale des hommes qui subissent une récidive après leur traitement initial. »

Puisque le développement du cancer de la prostate est lié à l'hormone masculine, la testostérone, un des traitements le plus couramment utilisé est une forme d'« hormonothérapie » (androgène) visant à réduire les taux de testostérone. Les hommes qui ont participé à cet essai clinique avaient d'abord subi une intervention chirurgicale ou une radiothérapie pour leur cancer de la prostate, mais des taux élevés d'antigènes prostatiques spécifiques (APS) avaient par la suite indiqué une récidive de leur cancer. Près de 1400 hommes ont pris part à l'essai pour lequel des patients ont été recrutés de 1999 à 2005, la plupart au Canada, et les autres, aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Les patients pour cette étude ont été répartis de façon aléatoire en deux groupes : les hommes du groupe témoin recevaient des injections d'un médicament à libération lente, appelé antagoniste de la LHRH (hormone de libération de l'hormone lutéinisante), de manière continue, habituellement aux trois mois. Le groupe expérimental recevait le même médicament, mais selon des cycles de traitement d'une durée de huit mois, lesquels étaient interrompus par une fenêtre thérapeutique prolongée pouvant durer de plusieurs mois à quelques années. Le taux d'ASP de ces hommes était contrôlé tous les deux mois à l'aide d'un test. Si le taux d'ASP d'un patient dont le traitement était interrompu augmentait, on recommençait à lui administrer l'antagoniste de la LHRH pour un autre cycle de huit mois, jusqu'à ce que leur taux d'APS diminue de nouveau, et ainsi de suite.

La période de suivi de l'essai a été interrompue prématurément après qu'une analyse prévue à la mi-parcours, dont les résultats ont été passés en revue par un comité indépendant de surveillance des données et de l'innocuité, a démontré de manière non équivoque que le taux de survie entre les deux groupes d'hommes était semblable.

Les patients recevant un traitement intermittent par un inhibiteur de la testostérone ont également indiqué avoir une meilleure qualité de vie, ce qui est probablement le fait d'effets secondaires moins fréquents ou intenses. Une évaluation plus détaillée de cet aspect de l'essai et une analyse économique formelle sont prévues. Les effets secondaires d'un traitement antiandrogène incluent les bouffées de chaleur, l'impuissance, le développement du tissu mammaire, l'insomnie, le gain de poids, l'aggravation du diabète, la perte de masse musculaire et l'ostéoporose. Ces effets secondaires découlent de la castration chimique induite par les médicaments.

Groupe des essais cliniques de l'INCC
Le Groupe des essais cliniques de l'INCC, programme de recherche national de la Société canadienne du cancer, bénéficie d'un financement programmatique, notamment pour cet essai, de l'Institut de recherche de la Société canadienne du cancer. Un soutien additionnel pour l'essai a été fourni par Sanofi-Aventis.

Renseignements :

Christine Harminc

Senior Manager, Communications & Media Relations

Société canadienne du cancer, Bureau national

Téléphone : 416 934-5340