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Les Statistiques canadiennes sur le cancer 2006 : Programmes canadiens de dépistage du cancer sont sous-utilisés

11 avril 2006

Toronto -

Un moins grand nombre de Canadiens seraient emportés par le cancer si les programmes de dépistage de la maladie étaient améliorés et élargis, selon un rapport spécial des Statistiques canadiennes sur le cancer 2006 publiées aujourd’hui par la Société canadienne du cancer.

Le rapport indique également que certains tests de dépistage peuvent aider à prévenir le cancer (par exemple, le cancer du col de l’utérus et le cancer colorectal) en détectant la présence de cellules précancéreuses, qui peuvent alors être traitées avec succès ou retirées.

« Les preuves scientifiques sont claires : le dépistage effectué dans le cadre d’un programme organisé peut réduire la mortalité par cancer et même l’incidence de certaines formes de la maladie », déclare Heather Logan, directrice des politiques de lutte contre le cancer à la Société canadienne du cancer. « Le dépistage qui se fait actuellement au pays contribue à réduire les ravages du cancer. Toutefois, nous devons faire davantage si nous voulons tirer pleinement profit des possibilités qu’offre le dépistage et alléger encore plus le fardeau du cancer au Canada. »

Ce rapport spécial, intitulé Progrès dans la lutte contre le cancer : le dépistage, révèle que le potentiel du dépistage du cancer n’est pas exploité à son maximum et explique pourquoi il en est ainsi :

  • La participation aux programmes actuels de dépistage du cancer du col de l’utérus et aux programmes organisés de dépistage du cancer du sein doit être améliorée. Pour ce faire, il s’agit d’abord d’identifier les obstacles qui freinent la participation et ensuite de trouver des façons de mieux entrer en contact avec la clientèle féminine.
  • Aucune province ni aucun territoire ne disposent d’un programme organisé de dépistage du cancer colorectal, malgré les données scientifiques indiquant qu’il s’agirait d’une mesure efficace pour réduire aussi bien les taux d’incidence que les taux de mortalité liés à cette forme répandue de cancer.

Ce rapport spécial indique en outre qu’il faudra mener davantage de travaux de recherche pour établir quels tests conviennent le mieux au dépistage des cancers de la prostate, du poumon et de l’ovaire.

Le dépistage consiste à diagnostiquer le cancer très tôt en faisant passer des tests ou des examens à des personnes qui ne présentent aucun symptôme de la maladie. Le dépistage précoce augmente habituellement les chances de réussite du traitement, ce qui fait en sorte que moins de Canadiens meurent des suites de la maladie. Le dépistage peut aussi prévenir l’apparition de certaines formes de cancer par la détection d’états précancéreux.
 

Cancer du sein

L’état actuel de la recherche indique qu’il serait possible de réduire la mortalité par cancer du sein de près du quart si 70 % des femmes du groupe d’âge cible (de 50 à 69 ans) participaient aux programmes organisés de dépistage. En 2003, toutes les provinces et tous les territoires canadiens (à l’exception du Nunavut) disposaient d’un programme organisé de dépistage du cancer du sein. Cependant, aucun de ces programmes n’a encore atteint le taux de participation visé à l’échelle nationale, soit 70 %.

« S’il est encourageant de constater que la participation des femmes aux programmes organisés de dépistage du cancer du sein s’améliore avec le temps, on doit aussi savoir que ce taux n’était que de 34 % en 2003 à l’échelle nationale », fait remarquer Mme Logan.

Le rapport spécial signale aussi qu’environ 61 % des Canadiennes déclarent avoir passé une mammographie de dépistage au cours des deux dernières années. Cela s’explique sans doute par le fait que la mammographie est également offerte dans des cliniques qui ne sont pas affiliées aux programmes organisés. 

« Le pourcentage de femmes ayant eu recours au dépistage se situe probablement quelque part entre 34 et 61 %, ce qui est encore trop peu, poursuit Mme Logan. Toutefois, les taux de mortalité par cancer du sein ont diminué et cette tendance à la baisse est attribuable en partie au dépistage. »

La Société canadienne du cancer recommande aux femmes âgées de 50 à 69 ans de passer une mammographie de dépistage et un examen clinique des seins tous les deux ans.

Selon les femmes interrogées, le fait de ne pas avoir de médecin de famille ou de vivre dans une région rurale constituent des obstacles au dépistage. « Il est important de comprendre ce qui empêche la participation au dépistage afin de mettre au point des méthodes efficaces pour entrer en contact avec les femmes. En régions rurales, par exemple, une unité portative de mammographie pourrait inciter les femmes à passer les examens de dépistage », explique Mme Logan.

Cancer colorectal

Au Canada, les données scientifiques donnent à penser qu’on pourrait enregistrer une réduction de 17 % du nombre de décès par cancer colorectal si 70 % des Canadiens, âgés de 50 à 74 ans, passaient un test de recherche de sang occulte dans les selles tous les deux ans.

« Cette possibilité de réduction de la mortalité par cancer colorectal est appréciable », soutient Mme Logan. S’il existe une certaine forme de dépistage officieux, aucun programme organisé de dépistage du cancer colorectal n’est en application au pays. »

En outre, le dépistage par recherche de sang occulte dans les selles pourrait influer sur l’incidence même du cancer colorectal, car ce test permet de détecter la présence de sang causée par des polypes précancéreux. Ceux-ci peuvent ainsi être enlevés par coloscopie ou sigmoïdoscopie avant qu’ils ne deviennent cancéreux.

Cancer du col de l’utérus

Grâce en grande partie au dépistage ponctuel (non organisé) par le test de Papanicolaou (aussi appelé test « Pap »), les taux d’incidence du cancer du col de l’utérus ont chuté de 50 % et les taux de mortalité de 60 % depuis 1977. Ce test parvient à détecter des lésions précancéreuses, qui peuvent alors être traitées, et peut aussi dépister un cancer de stade précoce, au moment où le traitement est le plus efficace.

« En raison de la grande qualité du dépistage du cancer du col utilisé depuis plusieurs années au Canada, nous approchons sans doute du maximum de bienfaits que nous puissions en tirer, selon Mme Logan. Nous pourrions sans doute marquer des progrès supplémentaires, au chapitre de l’incidence et de la mortalité, si tous les éléments d’un programme organisé étaient réunis – y compris celui de trouver les moyens d’accroître le taux de participation. »

Le rapport spécial mentionne que le dépistage pourrait être plus efficace au Canada si :

  • le Canada renforçait sa capacité d’analyse des données scientifiques sur le dépistage, de manière à ce que des recommandations appropriées sur les politiques de santé puissent être formulées au moment opportun;
  • on accordait le financement et le soutien nécessaires aux programmes de dépistage dont l’efficacité à réduire les taux de mortalité par cancer a été prouvée scientifiquement;
  • des recherches plus poussées étaient menées en vue de trouver des tests permettant de dépister des cancers pour lesquels les données scientifiques actuellement disponibles ne justifient pas un programme de dépistage organisé (comme le test de l’antigène prostatique spécifique [APS] pour le cancer de la prostate et la tomodensitométrie pour les personnes à risque élevé de cancer du poumon).

« Plusieurs Canadiens ont été touchés personnellement par le cancer, et des millions d’autres ont soutenu des amis et des membres de leur famille dans leur lutte contre cette maladie dévastatrice, déclare l’Honorable Tony Clement, ministre de la Santé. Voilà pourquoi le gouvernement du Canada s’est engagé à mettre en œuvre la Stratégie canadienne de lutte contre le cancer au cours des prochains cinq ans. »

« Nous reconnaissons l’immense contribution de la Société et des autres organismes de lutte contre le cancer, ajoute le ministre Clement. Nous sommes fiers de collaborer de nouveau avec eux dans l’élaboration de ce rapport, et il nous fait plaisir de poursuivre notre travail avec les provinces et les territoires pour déterminer des normes de qualité nationale et cibler des programmes de dépistage du cancer. » 

Comme les gouvernements provinciaux et territoriaux financent les programmes organisés de dépistage du cancer, la responsabilité de les mettre en œuvre revient aux agences provinciales du cancer (ce ne sont pas toutes les provinces qui possèdent une agence du cancer). Le gouvernement fédéral appuie quant à lui l’élaboration de politiques et de lignes directrices en matière de dépistage.

« L’atteinte du maximum des bienfaits rattachés au dépistage du cancer dans l’ensemble du Canada exige des efforts soutenus de la part de tous les paliers de gouvernement, des organismes de lutte contre le cancer, des spécialistes et de la population canadienne, précise Mme Logan. La Stratégie canadienne de lutte contre le cancer fournit un mécanisme efficace pour rassembler tous ces groupes, de telle sorte qu’on puisse s’attaquer au problème de façon coordonnée et concertée. Si nous travaillons tous ensemble, nous serons plus à même de voir où sont les lacunes, de trouver des façons de maximiser la participation de la population au dépistage et de diriger les ressources financières là où les besoins se font le plus sentir. »

« La Société canadienne du cancer est impatiente d’unir ses efforts à ceux du gouvernement pour déployer cette initiative de santé d’une importance capitale pour les Canadiens », dit Mme Logan.

Sur le plan individuel, Mme Logan insiste auprès des Canadiens pour qu’ils profitent pleinement des programmes actuels de dépistage du cancer. « Discutez avec votre médecin des mesures de dépistage du cancer les plus indiquées dans votre cas, souligne-t-elle. Cela pourrait vous sauver la vie. »

Mme Logan ajoute que la Société continuera d’élaborer des recommandations en matière de dépistage, de diffuser cette information auprès de la population canadienne et de faire pression auprès des instances gouvernementales pour s’assurer que les programmes de dépistage appropriés sont mis en application.

Au Canada, le dépistage s’effectue de deux manières : au moyen de programmes organisés ou de façon ponctuelle. C’est lorsqu’il est organisé que le dépistage s’avère le plus efficace et le plus rentable. Un programme de dépistage organisé possède des caractéristiques particulières, notamment des lignes directrices de suivi, des stratégies de recrutement, de même que des activités de surveillance et d’évaluation. Le dépistage ponctuel comporte quelques-uns de ces éléments, mais pas tous.

La Stratégie canadienne de lutte contre le cancer est un plan directeur qui propose une approche globale et concertée pour combattre le cancer au Canada. Une fois mise en œuvre, la Stratégie préviendra l’apparition de nouveaux cas de cancer et réduira l’invalidité, les souffrances et la mortalité associées à la maladie, tout en limitant les répercussions sociales et économiques du cancer. Elle permettra aux spécialistes du cancer, aux professionnels de la santé et aux particuliers d’être mieux outillés pour faire face au cancer, et ce, dans toutes les régions du pays.

Les Statistiques canadiennes sur le cancer 2006 sont compilées, imprimées et distribuées grâce à la collaboration de la Société canadienne du cancer, de l’Agence de santé publique du Canada, de l’Institut national du cancer du Canada, de Statistique Canada, des registres provinciaux et territoriaux du cancer, ainsi qu’à celle de chercheurs rattachés à des universités ou à des organismes provinciaux et territoriaux de lutte contre le cancer.

La Société canadienne du cancer est un organisme bénévole national, à caractère communautaire, dont la mission est l'éradication du cancer et l'amélioration de la qualité de vie des personnes touchées par le cancer. Pour en savoir plus sur le cancer, visitez le www.cancer.ca ou appelez notre Service d'information sur le cancer, un service gratuit et bilingue, au 1 888 939-3333.

Renseignements :

Christine Harminc

Senior Manager, Communications & Media Relations

Société canadienne du cancer, Bureau national

Téléphone : 416 934-5340