Essai clinique MA 17 mené par le GCEC – Étude de cas

L’impact sur le long terme de l’essai clinique MA 17, une étude qui a évalué un nouvel inhibiteur de l’aromatase prescrit après le tamoxifène pour réduire les récidives de cancer du sein chez les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein en présence de récepteurs hormonaux positifs (RH+), a été évalué dans le cadre d’une étude de cas utilisant la structure de la chaîne des résultats de la Société canadienne du cancer. Cet essai a été mené à l’initiative du Groupe canadien des essais sur le cancer (GCEC), dont le financement de base est assuré par une subvention soumise à l’examen des pairs de la SCC.

Le but de cette étude de cas était double : (a) évaluer l’impact de l’essai et montrer les voies par lesquelles la recherche contribue à la connaissance (impact de la recherche sur la connaissance) et (b) déterminer l’efficacité de l’aspect de la mission qui consiste à accorder des subventions pour financer l’infrastructure nécessaire à ce type de projet de recherche de grande envergure.

Les résultats de l’étude de cas portant sur l’essai clinique MA 17 ont permis de mieux cerner l’intérêt du financement des essais cliniques et la manière de rendre compte efficacement des travaux de recherche et d’en montrer l’impact. Ils ont également contribué à l’identification des lacunes dans le suivi de la mise à profit et de l’utilisation de la recherche subventionnée par la Société canadienne du cancer. S’agissant du dernier point, la SCC travaille actuellement sur les façons de mieux cerner l’impact de la recherche. Les résultats de cette étude de cas fournissent de nouvelles données sur la manière d’y parvenir le plus aisément.

Points saillants
  • L’essai clinique MA 17 s’est traduit par des changements immédiats et notoires dans les pratiques de soins normalisées à l’échelle mondiale tout en permettant aux femmes du monde entier de bénéficier de plusieurs milliers d’années sans maladie.
  • L’essai clinique MA 17 doit en partie son succès à la réputation dont jouissent le GCEC et le Breast Disease Site Committee, à sa capacité à attirer des chercheurs très respectés et à conserver son indépendance malgré les divers intérêts et les biais potentiels qui entouraient le traitement du cancer à l’époque.
  • Les travaux de recherche sur les cancers du sein liés à un dysfonctionnement du système endocrinien subventionnés de longue date par la Société canadienne du cancer ont contribué à la base de connaissances scientifiques et à la capacité de recherche sur lesquelles reposait l’essai, une observation qui confirme l’intérêt de la recherche fondamentale et translationnelle axée sur les découvertes dans le domaine du cancer.
  • Le GCEC est un atout de taille pour la Société canadienne du cancer : il s’est forgé une solide réputation internationale; il a bâti des réseaux de centres de recherche clinique et d’oncologues partout au pays; il offre aux chercheurs des occasions de recherche et l’accès à des échantillons cliniques à l’échelle régionale; il possède un savoir‑faire de classe internationale en gestion.
Aperçu 

Jusqu’au début des années 2000, le traitement adjuvant par excellence chez les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein RH+ au stade précoce consistait à prescrire un médicament appelé tamoxifène, un modulateur sélectif du récepteur de l’œstrogène. Le tamoxifène agit en se fixant au récepteur de l’œstrogène et, ce faisant, empêche les cellules de fabriquer ou d’utiliser l’œstrogène. Il a été montré que le tamoxifène était efficace pour réduire le risque de récidive de cancer au cours des premières années suivant la chirurgie, mais les recherches ont montré que la poursuite du traitement par le tamoxifène au-delà de cinq ans n’améliorait pas la survie globale ou la survie sans récidive et pouvait même s’avérer nocif. Il n’existait alors aucun traitement généralement reconnu au-delà de cinq ans, même si les recherches montraient que le risque de récidive du cancer du sein était toujours élevé. Les résultats préliminaires des travaux du Dr Paul Goss, oncologue et chercheur en oncologie qui exerce actuellement au centre du cancer de l’hôpital général du Massachusetts (Massachusetts General Hospital) donnaient à penser que l’administration d’un inhibiteur de l’aromatase, une classe de médicaments qui, à l’inverse du tamoxifène, inhibe réellement la synthèse de l’œstrogène, pourrait constituer un traitement adjuvant efficace chez les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein RH+. Il a communiqué avec le GCEC, groupe subventionné par la Société canadienne du cancer et réseau coopératif en oncologie basé à la Queen’s University, dans l’intention de mener un essai clinique sur un inhibiteur de l’aromatase administré après le traitement par le tamoxifène pour réduire les récidives de cancer du sein chez les femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein RH+. Le Dr Goss s’est retrouvé à la tête du groupe qui allait mener l’essai clinique MA 17 pour vérifier cette hypothèse. L’essai clinique MA 17 a débuté le 24 août 1998. Le nombre de sujets cible a été atteint vers la moitié de l’an 2002. L’essai a été réalisé et coordonné par le GCEC entre deux continents, soit entre six groupes d’établissements distincts, neuf pays et 416 centres. Une analyse provisoire de l’étude, dont la durée prévue était de cinq ans, a fourni des résultats à ce point convaincants que le comité de direction du GCEC, en accord avec le comité chargé de la surveillance des données relatives à l’innocuité, a décidé de mettre fin à l’essai plus tôt que prévu. L’insu a été levé en octobre 2003 afin de divulguer les résultats préliminaires remarquables. En novembre 2003, le GCEC a fait paraître les résultats de l’étude dans le New England Journal of Medicine. Les résultats montrent que le traitement par le létrozole, un inhibiteur de l’aromatase, a nettement réduit le risque de récidive du cancer du sein lorsqu’il était utilisé comme traitement adjuvant de prolongation. Ces résultats se sont traduits par un changement notoire et pratiquement immédiat dans la pratique thérapeutique.

Résultats et impact

L’essai MA 17 a contribué à l’accessibilité d’un traitement efficace là où il n’y en avait pas. Grâce au leadership de l’investigateur principal, le Dr Goss, et au soutien indéfectible d’un groupe de chercheurs issus d’horizons variés, le GCEC a pu avancer des données convaincantes, qui ont eu un impact international sur la prévention de la récidive chez les femmes ayant survécu à un cancer du sein RH+. Cet impact a été possible parce que le GCEC est parvenu à convaincre un groupe de chercheurs et d’établissements de renommée internationale à participer à l’essai. Au moment de la levée de l’insu de l’essai, un communiqué de presse a été diffusé à grande échelle. Ce communiqué a été suivi de plusieurs articles parus dans des revues réputées. L’étude de marché menée après l’essai par la compagnie pharmaceutique qui a participé au projet a indiqué que les médecins prescripteurs se souvenaient du nom de l’essai (MA 17), du nom du chercheur principal (Dr Goss) et du centre de coordination de l’essai (GCEC) comme pratiquement jamais auparavant, ce qui donne à penser que l’essai a directement influencé les habitudes de prescription.

L’essai clinique MA 17 a eu un impact considérable dans plusieurs domaines – un impact à la fois direct, sous la forme d’essais cliniques de suivi connexes, et indirect, en favorisant la recherche sur le traitement adjuvant tardif ou de prolongation du cancer du sein et en augmentant l’utilisation des inhibiteurs de l’aromatase en tant que traitement adjuvant à tous les stades du traitement (précoce, tardif et de prolongation). Les résultats de l’essai MA 17 ont contribué à changer les pratiques de soins normalisées à l’échelle mondiale et sont largement cités dans les lignes directrices provinciales, nationales et internationales relatives au traitement adjuvant du cancer du sein. Mais surtout, l’essai clinique MA 17 a permis aux Canadiennes de bénéficier de centaines, voire de milliers d’années sans maladie. Il est à coup sûr à l’origine de milliers d’années sans maladie dans le monde.

Les conséquences possibles de cet essai clinique concluant sont multiples. L’essai continue d’avoir des conséquences scientifiques de nos jours, mais elles sortent du cadre de cette étude de cas. Dans l’optique de la gestion, l’intérêt de l’essai MA 17 tient à l’étendue et à l’hétérogénéité de sa portée. Le GCEC a fourni, pour les besoins de cet essai clinique, une infrastructure qui a permis aux chercheurs d’accéder au savoir‑faire international, à des centres régionaux et internationaux de grande envergure et à des conseils « indépendants ». L’orientation et le leadership dont a fait montre le GCEC ont été cruciaux, car ils ont assuré la coordination de plusieurs groupes aux intérêts primaires divers pour travailler à l’atteinte d’un objectif commun. Cette coordination s’est trouvée facilitée par la réputation dont jouissaient les chercheurs du GCEC et la perception voulant que le groupe n’était pas étroitement lié à des intérêts scientifiques spécifiques quelconques. Cette étude de cas montre donc qu’il existe, dans la recherche et dans les essais cliniques sur le cancer, une place importante pour un groupe indépendant, de haute qualité, aux connexions multiples, tel que le GCEC. Si ce groupe est mû par une mission claire, il sera en mesure de dissiper les biais et de surmonter les obstacles institutionnels pour atteindre ses objectifs.

Dernière modification le: 22 septembre 2017