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L’animal le plus laid du monde pour lutter contre le cancer?

29 septembre 2014

Toronto -

Un rongeur aux dents saillantes qui intrigue par sa résistance au cancer et sa longévité remarquable pourrait bien inspirer une nouvelle stratégie de prévention de cette maladie. L’exceptionnelle résistance au cancer du rat-taupe nu viendrait de la grande quantité d’une substance gélatineuse appelée acide hyaluronique dans son organisme. Voilà le sujet d’une nouvelle recherche scientifique subventionnée par la Société canadienne du cancer.

La Dre Barbara Triggs-Raine, biochimiste à l’Université du Manitoba, dirige un des deux seuls laboratoires au monde où l’on étudie les enzymes qui fractionnent l’acide hyaluronique. Sa nouvelle étude évaluera l’effet de l’enzyme hyaluronidase 2 (HYAL2) sur l’acide hyaluronique.

Des chercheurs ont découvert récemment que les tissus résistants au cancer du rat-taupe nu sont riches en acide hyaluronique. Des expériences ont montré que sans substance dans ses cellules, le rongeur n’était plus à l’abri du cancer, ce qui donne à penser que l’acide hyaluronique jouerait un rôle protecteur.

Les cellules de tous les animaux produisent de l’acide hyaluronique. Ce composant essentiel de la peau et du cartilage sert aussi de lubrifiant articulaire. L’acide hyaluronique sert dans de nombreux produits de soins de la peau et pour certaines interventions d’ordre esthétique, notamment pour atténuer les rides. La présence de cette substance explique la peau élastique et plissée du rat-taupe nu, que celui-ci partage avec un autre animal mieux connu, le shar-pei. Ce chien recèle lui aussi de grandes quantités d’acide hyaluronique dans les replis de sa peau.

La Dre Triggs-Raine et son équipe veulent savoir si diminuer la concentration de HYAL2 accroît la quantité d’acide hyaluronique et empêche le développement du cancer. Les chercheurs retireront les enzymes HYAL2 d’échantillons de tissus pour observer si ces échantillons deviennent résistants au cancer de la peau. Si l’étude s’avère concluante, HYAL2 pourrait devenir une cible pour la prévention du cancer. Il s’agira alors de trouver des moyens d’interférer avec le fonctionnement de HYAL2 pour prévenir le cancer dans des situations à risque élevé et d’empêcher la propagation de la maladie en augmentant la quantité d’acide hyaluronique entre les cellules.

Cette étude a bénéficié de l’une des 51 nouvelles Subventions pour l’innovation récemment annoncées par la Société, totalisant près de 10 millions de dollars. Ce programme accorde un soutien financier à des projets de recherche reposant sur des idées non conformistes, mais très prometteuses.

Il s’agit pour la Dre Triggs-Raine d’une première étude dans le domaine du cancer. Ce sont les découvertes sur le rat-taupe nu qui l’ont poussée à mettre sa connaissance approfondie de HYAL2 au service de la recherche sur la maladie.

« Le programme de Subventions pour l’innovation m’offre une occasion en or de poursuivre ces travaux de recherche et d’orienter mon expérience vers l’étude du cancer, explique la Dre Triggs-Raine. Bien que nous n’en soyons qu’aux toutes premières étapes de la recherche, la perspective d’une nouvelle avenue pour la prévention du cancer est des plus stimulantes. »

« La lutte contre le cancer peut prendre différentes formes, y compris, dans ce cas, sous les traits d’un petit rongeur unique en son genre, déclare la Dre Siân Bevan, directrice de la recherche à la Société canadienne du cancer. Voilà une des raisons pour lesquelles l’innovation occupe une place si importante dans la recherche sur le cancer. Ce sont ces idées originales, créatives et inattendues qui auront le plus d’impact contre la maladie. »