Cancer colorectal : de nombreux décès évitables surviennent en raison d'un dépistage déficient

18 mai 2011

Toronto -

Le recours à un simple test de dépistage effectué chez soi permettrait de prévenir de nombreux décès par cancer colorectal chez les Canadiens. C'est ce que nous apprennent les Statistiques canadiennes sur le cancer 2011, que la Société canadienne du cancer fait paraître aujourd'hui, en collaboration avec l'Agence de la santé publique du Canada et Statistique Canada.

Ainsi, on estime que de 10 000 à 15 000 décès pourraient être évités si 80 % des Canadiens de 50 ans ou plus subissaient un test de dépistage au cours des 10 années à venir.

Le cancer colorectal arrive au deuxième rang des cancers les plus meurtriers au Canada; on estime que 8900 Canadiens en mourront en 2011. C'est le quatrième cancer le plus diagnostiqué au Canada, après les cancers de la prostate, du poumon et du sein. On estime que 22 200 nouveaux cas surviendront au Canada en 2011. Bien que l'incidence du cancer colorectal soit à la baisse depuis une vingtaine d'années, on note une hausse appréciable des nouveaux cas en raison de la croissance démographique et du vieillissement de la population.

La Société recommande aux Canadiens de 50 ans ou plus de se soumettre tous les deux ans à un dépistage par simple analyse des selles (recherche de sang occulte dans les selles [RSOS] ou test immunochimique fécal [TIRSOS]). Cependant, à l'heure actuelle, seulement 32 % des Canadiens de ce groupe d'âge disent se soumettre à des tests de dépistage. Les personnes ayant des symptômes, ou vulnérables au cancer colorectal, devraient impérativement consulter leur médecin.

« L'un des principaux objectifs du dépistage est de déceler le cancer chez les personnes exemptes de symptômes, déclare Gillian Bromfield, gestionnaire principale des politiques de lutte contre le cancer de la Société canadienne du cancer. Dans le cas du cancer colorectal, le dépistage par analyse des selles chez les personnes de 50 ans ou plus se traduit par une diminution des décès. Nous devons déterminer ce qui fait obstacle au dépistage de ce cancer et rectifier le tir, de manière à ce qu'un plus grand nombre de Canadiens se prêtent régulièrement à ces tests simples, qui sauvent des vies. »

Les tests RSOS et TIRSOS sont faciles d'emploi, et le patient les fait lui-même, à la maison. Ils permettent de déceler des traces de sang dans les selles, qui peuvent annoncer un cancer colorectal.

« Les médecins doivent absolument parler dépistage avec leurs patients, poursuit Mme Bromfield. Les Canadiens qui ont parlé du dépistage du cancer colorectal avec leur médecin sont au‑delà de deux fois plus susceptibles que les autres de se soumettre régulièrement à un dépistage. »

Selon l'Enquête sur le dépistage du cancer du côlon au Canada,réalisée en 2009, 71,7 % des Canadiens de 50 à 74 ans ayant discuté du dépistage du cancer colorectal avec leur médecin passent régulièrement un test, contre 32,6 % seulement de ceux qui n'ont pas abordé la question avec leur médecin.

Voici quelques autres données sur le dépistage tirées de cette enquête :

  • Au total, 81 % des Canadiens connaissent l'existence de tests de dépistage et sont conscients des avantages du dépistage.
  • En tout, 60 % des Canadiens ne comprennent pas que le dépistage est une « habitude santé » à prendre, qu'ils aient des symptômes ou non.
  • Les Canadiens ne connaissent pas bien, pour la plupart, le test qu'on peut faire à la maison. La majorité connaît toutefois la coloscopie (test de suivi plus invasif).

Facteurs de risque et prévention

Les facteurs de risque du cancer colorectal sont une forte consommation de viandes rouges ou transformées, le surplus de poids, la sédentarité, le tabagisme et l'existence d'antécédents familiaux de ce cancer. Les mesures de réduction du risque les plus efficaces sont – outre le dépistage – une alimentation saine, l'exercice en vue du maintien d'un poids santé ainsi que la renonciation au tabac et à la consommation excessive de boissons alcoolisées.

Diagnostic et traitement

En cas de résultat positif ou en présence de symptômes, tels que des saignements, une obstruction ou des douleurs abdominales, on porte habituellement le diagnostic au moyen d'une coloscopie ou d'une sigmoïdoscopie.

Quant au traitement, il est fonction du stade lors du diagnostic et peut reposer sur la chirurgie, la chimiothérapie ou la radiothérapie.

Survie

Comparativement à d'autres cancers, le cancer colorectal est assorti d'un pronostic moyen, le taux de survie relative à cinq ans s'établissant à 63 %. C'est un taux supérieur à celui d'autres cancers, tels que le cancer du poumon (16 %), mais inférieur à celui des cancers de la prostate (96 %) et du sein (88 %).

Au Canada, le taux de survie au cancer colorectal compte parmi les plus élevés du monde; il est légèrement inférieur au taux enregistré aux États‑Unis, mais plus élevé que dans la plupart des pays européens, y compris le Royaume‑Uni et la Scandinavie.

Le taux de survie à cinq ans pour un cancer colorectal s'est considérablement amélioré, étant passé de 56 % en 1992‑1994 à 63 % en 2004‑2006. On s'attend à ce que ce taux continue d'augmenter à la faveur d'un resserrement du dépistage.

Tendances provinciales

Au Canada, la participation au dépistage varie grandement selon la province : le Québec arrive bon dernier, tandis que l'Ontario et le Manitoba trônent au sommet du palmarès. Dans les deux premières provinces, un programme provincial de dépistage est en place depuis 2008 et 2007, respectivement.

Conclusions et recommandations

 

Grâce aux progrès en matière de traitement et de dépistage, les décès par cancer colorectal ont notablement diminué, et la survie s'est améliorée. Pour faire mieux encore, on devra cependant :

 

  • continuer d'encourager le dépistage, notamment :
  • en favorisant une participation régulière et durable à des programmes de dépistage de meilleure qualité;
  • en sensibilisant davantage les Canadiens à l'importance du dépistage qui, il importe de le souligner, vise les personnes exemptes de symptômes;
  • préciser, par la recherche, les facteurs de risque du cancer colorectal ainsi que les stratégies de prévention et de traitement efficaces.

« En étant à l'affût du cancer colorectal et en sachant comment le dépister et le prévenir, les Canadiens seront mieux armés pour veiller sur eux-mêmes et sur leurs proches », déclare le Dr David Butler‑Jones, administrateur en chef de la santé publique du Canada.

Témoignage d’une survivante

Pour ses amis, Kavita Jagasia, âgée de 55 ans, est une preuve vivante de l’importance du dépistage régulier du cancer colorectal.

« Grâce à mon expérience, ils ont tous passé un test de dépistage, déclare Kavita Jagasia, qui a reçu un diagnostic de cancer colorectal en juillet 2008. Soudain, tout le monde s’est rendu à l’évidence. »

Mme Jagasia, une gestionnaire de comptes en voyages d’affaires de la région torontoise, a reçu un diagnostic de cancer après avoir remarqué que ses selles étaient rouges depuis plusieurs mois. Elle s’est dit que ce n’était rien d’inquiétant, mais ses amis ont commencé à lui faire remarquer qu’elle perdait du poids, même si elle ne suivait pas de régime. À la demande pressante de son mari, elle a consulté son médecin de famille. Une coloscopie a révélé qu’elle était atteinte d’un cancer colorectal de stade 2. Deux semaines plus tard, on a retiré la tumeur au cours d’une intervention chirurgicale, et aucun autre traitement n’a été nécessaire.

Bien qu’elle se trouve chanceuse, Mme Jagasia constate qu’un simple test, comme la recherche de sang occulte dans les selles (le RSOS ou le TIRSOS), aurait pu lui éviter toute cette expérience.

Selon elle, les gens hésitent probablement à passer le test, parce que cela leur « répugne ». Mais « le dépistage m’aurait peut-être permis d’être soignée beaucoup plus tôt. On aurait pu traiter des polypes au lieu d’un cancer confirmé. »

Il est vrai que les saines habitudes de vie réduisent le risque de cancer, mais Kavita Jagasia constate que, dans son cas, le fait d’avoir un poids normal, d’être une végétarienne et de ne pas fumer ni consommer d’alcool n’a pas suffi à prévenir le cancer.

« Si cela peut m’arriver, personne n’est à l’abri, » affirme-t-elle.

Points saillants : Statistiques canadiennes sur le cancer 2011

  • On estime que 177 800 nouveaux cas de cancer (exclusion faite de 74 100 cas de cancer de la peau autre que le mélanome) et 75 000 décès dus au cancer vont survenir au Canada en 2011.
  • On diagnostique davantage de cancers chez les hommes que chez les femmes, mais l’écart entre les deux sexes s'est rétréci ces dernières années (52 % des cas surviennent chez les hommes, contre 48 % chez les femmes).
  • Plus du quart des décès par cancer – soit 27 % – sont imputables au cancer du poumon.
  • Le taux de mortalité par cancer, tous types confondus, diminue chez les hommes de la plupart des groupes d’âge et chez les femmes de moins de 70 ans.
  • Le taux de mortalité de la plupart des cancers n'a pas augmenté, et ce, tant pour les hommes que pour les femmes. Trois cancers font cependant exception : le cancer du foie (hommes et femmes), le cancer du poumon (femmes) et le mélanome (hommes).
  • Le taux de survie relative à cinq ans, tous cancers confondus, se situe à 62 %.

 

Le rapport des Statistiques canadiennes sur le cancer 2011 est préparé, imprimé et distribué grâce à la collaboration de la Société canadienne du cancer, de l’Agence de la santé publique du Canada, de Statistique Canada ainsi que des registres du cancer provinciaux et territoriaux.

N.B. L'Enquête sur le dépistage du cancer du côlon au Canada a été commandée par le Partenariat canadien contre le cancer et réalisée du 10 mars au 17 avril 2009 par Angus Reid Public Opinion et le Centre de recherche appliquée en santé de l'hôpital St. Michael’s de Toronto. Au total, 3153 Canadiens choisis au hasard ont été sondés. La marge d'erreur, qui rend compte de la variabilité d'échantillonnage, se situe à +/- 2,1 %. On a pondéré les résultats en fonction des données de recensement les plus récentes sur le niveau de scolarité, l'âge, le sexe et la région afin de s'assurer que l'échantillon est représentatif de la population adulte canadienne.

Renseignements :

Christine Harminc

Senior Manager, Communications & Media Relations

Société canadienne du cancer, Bureau national

Téléphone : 416 934-5340